Et leur patrimoine en Maurienne
XIe - XVe siècles • 10 sites géolocalisés
Vicomtes de Maurienne
Avant que la Maison de Savoie ne domine les Alpes, une famille redoutable contrôlait la Maurienne.
Pendant quatre siècles, les seigneurs de La Chambre furent les véritables maîtres de la vallée.
« D'azur, semé de fleurs de lis d'or,
à la bande de gueules brochant sur le tout »
Source : Amédée de FORAS
10 sites • du centre de La Chambre vers les communes voisines
La Chambre • 1365
La vision d'un seigneur (1365)
En cette année 1365, Jean II de La Chambre contemple ses domaines depuis les hauteurs du Cruet. Ses châteaux parsèment la vallée : le fier Cruet, l'élégant Château-Joli qui veille sur Sainte-Marie-de-Cuines, la Maison de La Tour au cœur du bourg, la Maison-Forte du Châtelet qui garde le passage… Autant de résidences qui témoignent de la puissance de sa lignée.
Mais Jean II sait que les pierres ne suffisent pas à bâtir l'éternité. Inspiré par la spiritualité franciscaine, il prend une décision historique : fonder un couvent de Cordeliers dans sa capitale. Jean II dote généreusement les premiers frères d'une maison, d'un verger, d'un pré et d'une rente annuelle. Le pape Urbain V approuve cette fondation en 1367.
La nécropole des seigneurs
Le Couvent des Cordeliers n'est pas qu'un lieu de prière. C'est le sanctuaire dynastique des La Chambre, leur dernière demeure choisie. L'église conventuelle sert également d'église paroissiale pour le bourg de La Chambre.
Mais les Cordeliers font bien plus que prier. Ils dirigent un hôpital et une léproserie, soignant les corps meurtris que la société rejette. Ils possèdent deux moulins sur le Bugeon, participant à l'économie locale. Ils confessent, prêchent, accueillent les pèlerins en route vers Rome par le Mont-Cenis.
Un patrimoine architectural unique
Aujourd'hui encore, les murs rescapés du couvent témoignent de 650 ans d'histoire architecturale. Le gothique primitif (fin XIVe siècle) s'exprime dans le portail d'albâtre blanc, la salle capitulaire aux voûtes d'ogives et la sacristie médiévale. L'art flamboyant (XVe siècle) illumine les linteaux ornés. La Renaissance baroque (1744) apporte le cloître à voûtes d'arêtes.
En 1792, la République supprime les ordres religieux. Le couvent est vendu comme bien national en 1803. En 2021, le couvent est enfin inscrit comme Monument Historique.
VISITE DU SITE
• Adresse : Rue du Couvent, 73130 La Chambre
• Éléments visibles : Portail gothique, cloître baroque, salle capitulaire, sacristie médiévale
• Statut : Monument Historique (inscription 2021)
• Contact : Mairie de La Chambre — 04 79 56 30 32
La Chambre • XIIIe s.
Au cœur du bourg : le pouvoir administratif
Oubliez les châteaux perchés sur leurs promontoires rocheux. La Maison de La Tour se dresse au centre même du bourg de La Chambre, symbole du pouvoir administratif et non militaire. Construite au XIIIe siècle, cette tour carrée de trois étages avec ses murs de forte proportion affirmait l'autorité comtale en plein cœur de la cité.
1285 : L'achat décisif
Le 14 novembre 1285, un acte notarié scelle le destin de la Tour. Guilemet vend au comte Amé de Savoie la maison forte de la Tour pour la somme de 100 livres de viennois. À partir de cette date, la Tour devient officiellement le centre administratif du comte de Savoie pour tout le mandement de La Chambre.
1456 : Du comte aux seigneurs
Coup de théâtre le 22 décembre 1456 ! Le duc de Savoie Louis vend la maison forte de la Tour à Aymon de Seyssel, héritier des La Chambre, pour 200 florins de petit poids. En rachetant ce bâtiment symbolique, les La Chambre réaffirment leur suprématie sur la vallée.
Aujourd'hui, la Maison de La Tour abrite l'Académie de Maurienne, institution dédiée à la recherche historique sur la Savoie.
EN SAVOIR PLUS
• Tour et logis situés au centre du village de La Chambre
• Tour des XIIIe–XIVe siècles, logis du XVIIIe siècle
• Siège de l'Académie de Maurienne
• Expositions et conférences — Renseignements : 06 84 09 23 13
La Chambre • XVe s.
Une tour engloutie par le temps
En contrebas du majestueux manoir de Châtel-André, là où les regards se portent aujourd'hui sur des bâtiments modernes, s'élevait autrefois la Tour de Burgin. Construite aux XVe–XVIe siècles, cette demeure fortifiée faisait partie du réseau défensif et résidentiel des seigneurs de La Chambre.
Les nobles Du Pont : une famille oubliée
Sur les origines de la Tour de Burgin, « on ignore à peu près tout », reconnaissait Georges Chapier. Ce silence des archives est lui-même révélateur : les nobles Du Pont, premiers propriétaires supposés, appartiennent à cette noblesse de second rang dont les traces ont été englouties par les siècles.
Jean Truchet : l'oncle du chimiste Berthollet
Au début du XVIIIe siècle, la Tour de Burgin est acquise par Jean Truchet, un avocat prospère de la région. Ce nom résonne dans l'histoire des sciences : Jean était l'oncle de Claude-Louis Berthollet (1748–1822), le grand chimiste savoyard, ami de Napoléon, codécouvreur de la loi des masses.
CITATION
« La Tour de Burgin nous rappelle que le patrimoine n'est pas éternel. Sans protection, sans mémoire, même les pierres disparaissent. »
Sainte-Marie-de-Cuines • XIe s.
Face à face : deux châteaux, une dynastie
Depuis la plaine des Cuines, levez les yeux. Au-dessus du village de Sainte-Marie, sur un mamelon stratégique, les ruines du Château Joli vous regardent. En face, sur l'autre rive du Bugeon, se dressait le Château du Cruet. Deux forteresses, deux promontoires rocheux, une seule famille : les seigneurs de La Chambre.
Cette disposition n'est pas un hasard. Les deux châteaux communiquaient visuellement, se répondaient de part et d'autre de la vallée, formant un système défensif cohérent.
Une « poype » : forteresse naturelle
Le Château Joli s'élève sur une poype féodale — un promontoire naturel transformé en forteresse imprenable. Ces buttes, modelées par les anciens glaciers, offraient une défense naturelle que les seigneurs médiévaux surent exploiter avant même l'arrivée des La Chambre.
Une princesse au château
Le Château Joli abrite la lignée directe de Richard Ier de La Chambre. Vers 1350, le château devient la résidence d'Agnès de Savoie-Achaïe, épouse de Jean II de La Chambre. Une princesse de sang royal qui choisit ce promontoire comme demeure.
EN SAVOIR PLUS
• Ruines situées à 100 mètres d'altitude au-dessus du hameau du Mont
• Site en propriété privée, accès difficile
• Datation : fin XIe siècle — début XIIe siècle
Saint-Étienne-de-Cuines • XIIIe s.
La tour des vassaux
Au centre du village de Saint-Étienne-de-Cuines, dominant la route qui mène au col du Glandon, se dresse la Maison-Forte du Châtelet. Construite au XIIIe siècle, cette tour s'inscrit dans le vaste système défensif des seigneurs de La Chambre. Cette tour de défense veillait sur la route stratégique menant vers les cols alpins.
XVe siècle : La famille De Pont puis de Gruyère
Au XVe siècle, la tour appartient à la famille De Pont. En 1477, un événement inattendu bouleverse les équilibres : le comté de Gruyère (Suisse) s'étend jusqu'ici. Pierre de Gruyère hérite du Châtelet et de plusieurs propriétés locales, tissant des liens inattendus entre la Maurienne et les Alpes suisses.
1629 : L'ère des notaires
En 1629, Colomban Rostaing, notaire à Saint-Colomban-des-Villards, achète le Châtelet. C'est un tournant : la tour médiévale entre dans l'ère bourgeoise. Les notaires, hommes de loi et de lettres, deviennent les nouveaux gardiens de ce patrimoine.
AUJOURD'HUI
• Gîtes de caractère « Le Colombier » et « Le Glandon »
• Le plus vieux magnolia de la commune ombrage la tour
• Située au centre du village, sur la route du col du Glandon
Saint-Étienne-de-Cuines • XIIe s.
Sentinelle sur la vallée
Levez les yeux vers le hameau du Perrel ! À 100 mètres au-dessus de la vallée, surgissent les ruines imposantes de Châtel-André. De là-haut, vue imprenable sur tout le bassin de La Chambre. Ce donjon roman en pierre calcaire locale, datant du XIIe siècle, est l'un des plus beaux exemples d'architecture militaire romane de toute la Maurienne.
Tour des vassaux, pas des seigneurs !
Contrairement aux châteaux du Cruet et Château-Joli qui appartenaient directement aux seigneurs de La Chambre, Châtel-André était la propriété des seigneurs de Cuines — les vassaux des La Chambre. Ces derniers devaient aux La Chambre : hommage, conseil, aide militaire.
On connaît les noms de ces vassaux : Antoine, seigneur de Cuines (1355) et Jacques (1392). Leur tour perchée symbolisait leur rang, tout en rappelant leur dépendance envers les La Chambre.
1598 : Prise et reprise spectaculaire
Créqui, capitaine du maréchal de Lesdiguières (camp français), s'empare de Châtel-André au cours de la guerre pour le marquisat de Saluces. Mais les défenseurs savoyards ne se résignent pas. Châtel-André est reprise ! Cet épisode illustre l'importance stratégique de la forteresse, encore redoutable à la fin du XVIe siècle.
MONUMENT HISTORIQUE
• Classé Monument Historique • XIIe siècle • Architecture romane
• Donjon de 7 m × 8 m avec vestiges romans
• Vue magnifique sur le bassin de La Chambre
• Hameau du Perrel, Saint-Étienne-de-Cuines
Saint-Étienne-de-Cuines • XVe s.
Architecture remarquable
Une tour ronde imposante jouxte un corps de logis flanqué d'une tour carrée. Cette maison forte remarquablement conservée illustre l'évolution architecturale du Moyen Âge tardif : la tour ronde défensive côtoie le logis résidentiel plus confortable, témoignant du passage de la forteresse pure à la demeure noble.
1477 : Les comtes de Gruyère
En 1477, Pierre de Gruyère — des célèbres comtes suisses du même nom — en hérite, donnant son nom à ce lieu. Ce lien inattendu entre la Maurienne et la Suisse romande témoigne des réseaux d'alliance qui structuraient la noblesse médiévale au-delà des frontières.
ARCHITECTURE
• Tour ronde + Tour carrée
• Magnolia séculaire
• Propriété privée
Notre-Dame-du-Cruet • XIe s.
Sentinelle de pierre au-dessus de la vallée
Imaginez-vous au XIe siècle. Sur un promontoire rocheux dominant la vallée de la Maurienne, une forteresse s'élève, veillant sur la grande route du Mont-Cenis. Du haut de ses remparts, les seigneurs de La Chambre contrôlent le passage entre la France et l'Italie : pèlerins, marchands lombards, armées en marche… tous passent sous leurs regards.
Le Château de Notre-Dame-du-Cruet devient le cœur battant d'une puissance féodale qui rivalise avec les comtes de Savoie eux-mêmes. Pendant quatre siècles, c'est ici que réside la famille de La Chambre, vicomtes de Maurienne, maîtres d'un territoire de neuf communes.
Guillaume Ier : le bâtisseur
Vers 1090–1100, Guillaume Ier de La Chambre fait édifier cette forteresse sur un site choisi pour ses qualités défensives exceptionnelles. Un immense fossé est taillé dans le roc sur 12 mètres de largeur et 7 mètres de profondeur. Le château se déploie sur 3 500 m², protégé par 90 mètres de murailles flanquées de tours. Le donjon rectangulaire de 16 m × 11,50 m, avec ses murs épais de 1,50 m, affirme la domination seigneuriale.
1472 & 1536 : Le dernier éclat, puis les flammes
Le 25 mars 1472, le château résonne d'une dernière fête somptueuse. Louis de La Chambre y signe son contrat de mariage avec Jeanne de Chalon, fille du prince d'Orange. Mais en 1491, accusé de félonie, Louis est condamné par contumace et tous ses châteaux doivent être rasés.
En 1536, les troupes françaises envahissent la Savoie. Le château du Cruet, déjà affaibli, est entièrement incendié. Ironie de l'histoire : en 1730, ses ruines apparaissent dans les registres cadastraux comme propriété des Cordeliers de La Chambre — le couvent fondé par les seigneurs hérite des vestiges de leur forteresse.
EN SAVOIR PLUS
• Les ruines sont en propriété privée mais visibles depuis le sentier public
• Distance depuis l'église : 15 minutes de marche
• Point de vue exceptionnel sur la vallée de la Maurienne
• Édifié vers 1090–1100 • Démantelé en 1491 • Détruit en 1536
Notre-Dame-du-Cruet • XIIe s.
Une tour médiévale au cœur du village
Au centre du village de Notre-Dame-du-Cruet se dresse une tour carrée médiévale, sentinelle de la vallée du Bugeon. Avec ses murs de plus de 40 cm d'épaisseur et ses quatre étages sur environ 12 mètres, cette tour à plan carré incarne le système de surveillance mis en place par les seigneurs de La Chambre.
L'accès se faisait par une échelle amovible au premier étage, dispositif de défense classique au Moyen Âge qui rendait la tour imprenable contre tout assaillant mal équipé.
CARACTÉRISTIQUES
• Plan carré, murs de plus de 40 cm d'épaisseur
• Hauteur : environ 12 mètres (4 étages)
• Propriété privée
Saint-Rémy • XVe s.
L'extension du pouvoir seigneurial vers Saint-Rémy
À quatre kilomètres en aval de La Chambre, sur le territoire de Saint-Rémy-de-Maurienne, une maison forte s'inscrit dans le réseau territorial des seigneurs de La Chambre. Lorsque vous longez la route menant de La Chambre vers Saint-Jean-de-Maurienne, imaginez ce réseau de maisons fortes qui jalonnait la vallée, chacune veillant sur son territoire.
Aymon de La Chambre, bâtisseur et héritier (1454–1466)
Les archives identifient Aymon de La Chambre comme le premier propriétaire de cette maison forte. Aymon de La Chambre hérite des titres et biens des La Chambre en 1454 (en relevant le nom). Il construit ou consolide plusieurs propriétés pour affirmer son pouvoir sur l'ensemble de la vallée.
La Chapelle Saint-Claude (1571)
Plus d'un siècle après la construction de la maison forte, en 1571, une chapelle dédiée à Saint-Claude est érigée dans l'enceinte de la propriété. Cette chapelle privée, expression de la piété nobiliaire, permettait à la famille résidente d'assister à la messe sans quitter le domaine.
POUR ALLER PLUS LOIN
• Localisation : Saint-Rémy-de-Maurienne, hameau de La Landonnière
• Époque : XVe siècle (Bas Moyen Âge)
• Chapelle : Saint-Claude (1571)
• Statut actuel : Propriété privée (visible depuis l'extérieur)
Ressources numériques
Commission Histoire et Patrimoine • Fabrice GALOPO et Gérald KERMA • Décembre 2025
Adhésion : 5 €/an • couventdelachambre.fr